Accueil > Perspectives et actualités > Renforcer la sécurité globale avec les défenseurs du développement durable au Cameroun

Renforcer la sécurité holistique avec les défenseurs du développement vert au Cameroun

Green Development Advocates (GDA) est une organisation de la société civile camerounaise qui travaille aux côtés des peuples autochtones et des communautés locales dont les territoires et les forêts sont affectés par des projets extractifs et agro-industriels à grande échelle, notamment l'exploitation minière et la production d'huile de palme.

GDA s'efforce de garantir que les droits et les intérêts de ces communautés soient pris en compte dans les décisions qui affectent leurs territoires. Alliant expertise juridique, plaidoyer et soutien direct, l'organisation aide les communautés à préserver et à gérer les forêts communautaires comme alternative aux projets de grande envergure susceptibles de menacer leurs moyens de subsistance et la biodiversité locale.

Travailler dans ce contexte peut engendrer des risques tant pour les communautés que pour les personnes qui les accompagnent. GDA a subi des incidents de sécurité, notamment lors de son travail de terrain auprès des communautés, et fait face à des menaces potentielles pour sa réputation, sa légitimité et sa sécurité financière.

As Mélanie Paboeuf, consultant en protection et sécurité chez Open Briefing, explique-t-elle, les menaces auxquelles GDA est confrontée reflètent des tendances plus générales vécues par les défenseurs des droits humains :

« La diffamation à l’encontre des défenseurs des droits humains et la restriction de l’accès aux financements sont malheureusement des stratégies trop courantes employées par les acteurs politiques et économiques pour dissuader ou empêcher les défenseurs des droits humains de mener à bien leur mission. Détecter ces pratiques ne permet pas toujours d’éliminer les menaces à la source, mais cela aide les défenseurs à mieux s’y préparer et à mettre en place des mesures qui réduisent la probabilité et l’impact de ces menaces sur eux et leur travail. »

En 2025, GDA s'est connecté avec Open Briefing à travers La Coalition pour les droits de l'homme et le développement – l'un des bailleurs de fonds de GDA et un partenaire de recommandation de Open BriefingL'équipe souhaitait formaliser et renforcer son approche en matière de sécurité. 

Cela a amorcé un processus continu de mise en commun des connaissances de GDA sur son propre contexte et ses communautés avec Open Briefingl'expertise de [nom de l'entreprise] en matière de protection.

Élaboration d'une approche holistique de la protection

Lors d'un atelier initial de deux jours à Douala en novembre 2025, Open Briefing GDA et l'organisation ont collaboré pour analyser les risques auxquels elle était confrontée et identifier des mesures de sécurité préventives pour son siège et ses activités sur le terrain.

L'atelier a adopté une approche holistique de la sécurité, considérant non seulement la sécurité physique, mais aussi la solidarité et les capacités organisationnelles, la réponse aux situations d'urgence et le rôle que peuvent jouer le plaidoyer et la communication dans la protection. 

Mélanie explique que l'élaboration d'un plan de sécurité n'est que le début :

« La sécurité holistique est un processus. Les questions abordées, les mesures de protection et les stratégies convenues lors d'un premier atelier doivent être approfondies et adaptées au fil du temps, en fonction de l'évolution du contexte et des risques, ainsi que des capacités réelles de l'organisation. »

En septembre 2026, Mélanie est retournée au Cameroun pour un deuxième atelier de deux jours avec GDA. Ce suivi a permis de réexaminer les risques auxquels l'organisation était confrontée, d'analyser la mise en œuvre du plan de sécurité initial, d'intégrer les nouveaux membres de l'équipe et de définir collectivement les prochaines étapes.

Mise en pratique du plan

L'évaluation a révélé que les progrès n'avaient pas été linéaires. Certaines mesures convenues lors du premier atelier étaient tombées en désuétude, et il était désormais nécessaire d'intégrer de nouveaux membres à l'équipe.

Dans le même temps, GDA a décrit un changement plus général dans la manière dont la protection est intégrée à son travail. Véronique Mbole, chargée de mission genre et plaidoyer chez GDA, a déclaré :

« Nous sommes passés d'une simple réflexion sur la sûreté et la sécurité à une vision plus globale, comprenant qu'il existe des menaces latentes, des vulnérabilités et différentes manières d'y répondre. »

Ce changement se traduit par des modifications concrètes adoptées par l'équipe. Le personnel de la GDA intègre désormais l'analyse des risques dans le cahier des charges des activités de terrain, consigne les incidents de sécurité survenus sur le terrain dans des rapports d'activité et prend en compte les scénarios et menaces potentiels lors de la planification des activités annuelles.

Le groupe a également exploré plus en profondeur la sécurité numérique, notamment en mettant en place une vérification en deux étapes et en envisageant l'utilisation d'outils tels que Signal pour les communications internes. 

Travailler aux côtés des communautés

Le deuxième atelier a également permis d'examiner plus en détail la relation entre la sécurité propre à GDA et celle des communautés avec lesquelles elle travaille.

Ensemble, le groupe a examiné comment GDA peut intervenir lorsque des incidents de sécurité surviennent au sein des communautés : dans quelles circonstances elle dispose des capacités nécessaires pour agir directement, quand il est possible de faire appel à des alliés et quand une autre organisation serait mieux placée pour répondre aux besoins. Ils ont également réfléchi à la manière d’établir des canaux de communication efficaces avec les communautés et comment GDA peut gérer les risques que ses propres visites et son accompagnement peuvent engendrer.

L'atelier s'est conclu par un exercice pratique basé sur un cas fictif de criminalisation d'une communauté soutenue par GDA. Plutôt que d'aborder la criminalisation uniquement sous l'angle juridique, le groupe a examiné comment différents éléments d'une sécurité globale pouvaient interagir : soutien juridique, communication stratégique, plaidoyer, alliances, sécurité physique et numérique, et prise en compte des impacts psychosociaux.

Cela impliquait également de prendre en compte les propres limites de GDA et la manière d'éviter que le risque ne soit transféré d'une communauté à son équipe.

Le deuxième atelier a permis de consolider les approches, les systèmes et les relations sur lesquels GDA peut s'appuyer pour accompagner les communautés confrontées à des risques. À terme, ce travail vise à enrichir la collaboration quotidienne de GDA avec les communautés et à contribuer à leur sécurité et à leur protection à long terme. 

Créer davantage d'espace pour les conversations informelles

La réunion de suivi a également permis d'offrir un espace supplémentaire pour des échanges informels et une réflexion collective, en complément des exercices prévus. Cela a permis d'approfondir les relations et la confiance au sein de l'équipe GDA et a donné à Mélanie une meilleure compréhension de la manière dont l'équipe abordait les risques, prenait des décisions et collaborait.

Ces échanges ont également fait émerger d'autres priorités. GDA a par exemple manifesté son intérêt pour en savoir plus sur les normes internationales de protection des défenseurs des droits humains, et Mélanie s'emploie actuellement à mettre l'équipe en relation avec des experts en droit international de son réseau.

Poursuivre le processus 

Mélanie travaille actuellement à l'élaboration de protocoles actualisés qui tirent parti des enseignements des deux ateliers, avec des orientations supplémentaires sur le travail de proximité et sur le terrain. Le GDA discutera collectivement du projet avant de se réunir à nouveau avec les autres parties prenantes. Open Briefing afin d'affiner les méthodes de travail, en intégrant les commentaires et les priorités de l'équipe.

Cette approche reflète une idée au cœur de Open Briefingla stratégie 2026-29« La protection n’est pas quelque chose qu’on impose aux défenseurs. Elle se construit avec eux. Ceux qui sont au plus près des risques possèdent la connaissance la plus approfondie de leur contexte. Notre rôle est d’apporter notre expertise aux processus tout en préservant le pouvoir, la prise de décision et l’appropriation par les personnes et les organisations avec lesquelles nous travaillons. » 

Pour Marius Gautier Mongo, avocat spécialisé dans le droit foncier communautaire chez GDA, la prochaine étape consiste à poursuivre sur cette lancée :

« Il nous appartient désormais de tirer parti de tout ce que nous avons appris et de l’utiliser dans notre soutien quotidien aux communautés – en les aidant, par exemple, à mieux structurer leurs évaluations et à mieux planifier leurs programmes, événements ou actions. »